HISTOIRE


Il se dit que Charles le Chauve a établi son camp à Thury, sur la colline du Roichat, lors de la bataille de Fontenoy.

*La bataille de Fontenoy

 

Pour la plupart des Français la bataille de Fontenoy évoque la victoire remportée en 1745 dans le Hainaut par le maréchal de Saxe, non les combats que se livrèrent, neuf siècles plutôt, à Fontenoy en Puisaye et aux alentours de Thury les petits-fils de Charlemagne, qui provoquèrent le partage de l'empire et la naissance de la France.

 

Louis le Pieux, à sa mort, laissait trois fils : Lothaire, l'aîné, prétendait au titre d'empereur que ses frères, Louis et Charles, lui contestaient. Le 21 juin 841, il avait amené ses troupes dans la plaine de Fontenoy tandis que celles de Louis et de Charles, venues d'Auxerre par la voie romaine, campaient autour de Thury. Leur état-major s'installa au sommet d'une colline qu'on appelle aujourd'hui le Roichat, d'où il pourrait suivre les péripéties de la bataille très loin alentour.

 

Lothaire, pour laisser à l'armée de son neveu et allié, Pépin, qui avait franchi la Loire à Gien, le temps de le rejoindre, avait feint de vouloir négocier, mais lorsqu'elle fut en vue, il somma ses frères de le reconnaître pour empereur ou de se soumettre, par la bataille, au jugement de Dieu. Le 25 juin, les armées s'affrontèrent en un combat qui dégénéra vite en carnage. Lothaire, après avoir failli un moment l'emporter, dut s'enfuir devant la cavalerie de Charles le Chauve. Au soir de la bataille on compta des milliers de morts. Cent mille, selon les contemporains qui ont, il est vrai, très exagérément grossi leur nombre. Mais l'émotion que suscita cette bataille et les traces qu'elle laissa longtemps dans les mémoires en un temps où l'on était pourtant habitué à côtoyer la mort violente, disent assez qu'elle fut sans doute une des plus sanglantes du Moyen-Age, alors que les armées qui s'affrontaient alors dépassaient rarement quelques centaines d'hommes et que les morts se comptaient à peine par dizaines. « Et tant y en eut d'occis de chaque côté que mémoire ne recorde mie qu’il y eut oncques en France si grande occasion de chrétiens. »

 

Des sarcophages, mais aussi des squelettes de combattants hâtivement enterrés sans cercueil, ont été souvent mis à jour en différents lieux de la bataille. De nombreux toponymes, à Thury et aux alentours, évoquent encore cette journée : la Fosse aux prêtres, la Fosse aux gens d'armes, Fougilet, déformation apparue au XIIe siècle de Fosse Gilet, la vigne des cercueils, à Sougères, la vallée de la fuite, la vallée de la défaite, les Cris, la queue Louis, le Roichat - pour le Roi Charles -, etc... etc...

 

La motte de Gémigny

 

C'est sans doute au cours du XIe siècle que l'on vit s'élever dans la paroisse une motte de terre rapportée, au sommet de laquelle on construisit un « château », c'est-à-dire une tour en bois comprenant la résidence du châtelain et le logement des gardes, qui constituait une défense contre les agresseurs éventuels ou une base d'où partaient les incursions vers les châtellenies voisines. C'est l'époque des guerres privées. Devenant de plus en plus indépendants des comtes, les châtelains se livrent entre-eux de petites guerres que les interdits de l'église limitent mais ne suppriment pas, et dont les manants font les frais.

 

Autour de la motte, la basse-cour, sur laquelle s'élèvent les dépendances du château et les logements des serviteurs, a la forme d'une grande couronne limitée par un fossé circulaire et un rempart de terre surmonté d'une palissade faite de pieux et de branchages. C'est à l'abri de cette fragile construction que les villageois se réfugient en cas de danger. Le village de Gémigny existait-il quand fut élevé le château ou fut-il fondé plus tard par des colons venus chercher des terres à défricher à son ombre rassurante ?

 

Au siècle dernier, au climat des « Brotteaux », on voyait encore au centre d'un cercle de quarante mètres de diamètre que formaient les fossés, cette motte-.que le père de M. Maurice Sansois se rappelait avoir escaladée étant enfant, avec d'autres gamins du village. Il était là quand, vers 1870, on l'avait arasée. Une partie des fossés, à demi-comblés, sont toujours visibles aujourd'hui.

 

***

 

C'est d'abord sur des manses, libres ou serviles, plus ou moins étendus, comprenant la maison, les bâtiments d'exploitation et les terres nécessaires à sa subsistance que réside la famille patriarcale. Mais celle-ci va commencer à se dissocier au cours du XIIe siècle quand l'accroissement des surfaces cultivables dû aux défrichements, augmentant le besoin de main-d’œuvre, la fait apparaître comme un frein à l'expansion. C'est en même temps l'éclatement des manses auxquels succèdent, moins étendues et plus nombreuses, les « masures » poyaudines que leurs pères aient aliéné jadis au profit du « dominus », en échange de sa protection, leur liberté et la propriété éminente de leurs biens pour n'en garder que l'usufruit, ou que des terres à défricher leur aient été concédées, les tenanciers paient pour leurs tenures un cens fixe, en argent ou en nature, et des rentes proportionnelles à la récolte, qu'on appelle indifféremment en Puisaye champart ou tierces.

 

Les serfs sont assujettis à la taille à merci qui varie au gré du seigneur, les vilains à une taille « abonnée », fixée une fois pour toutes, et que l'érosion monétaire rendra, au fil des ans, de moins en moins pesante. Pour l'usage du moulin, du four ou du pressoir où ils sont astreints à porter leurs grains, leur pain ou le produit de leurs vignes, ils paient des droits en argent ou en nature. Ainsi les habitants de Grangette, quand ils utilisent le fout seigneurial, laissent un pain sur seize. Il est encore d'autres taxes et droits de toute sorte : lods et ventes, tonlieux, péages, etc... Il y a la dîme que l'on doit à l'église, quand elle n'est pas inféodée à des laïcs. Il y a les corvées, mais elles tendent à s'espacer et deviennent moins contraignantes, ou elles sont remplacées par une redevance.

 

Le servage régresse sensiblement dans la plus grande partie du royaume en raison des affranchissements largement octroyés au cours des XIIe  et XIIIe siècles et quand il survit - comme il arrive souvent dans le Nivernais -, la condition du vilain et celle du serf se sont tellement rapprochées que c'est moins à leur statut qu'à l'étendue de leurs tenures qu'on les différencie.

 

Le XIIIe siècle voit s'effriter le pouvoir seigneurial au profit de celui du Roi. L'utilisation du fer améliore l'outillage - les forges se multiplient dans les forêts de Puisaye - contribuant à accroître le rendement des terres. Le niveau de vie du paysan s'améliore en dépit de l'apparition de l'impôt royal qui s'ajoute à toutes les redevances qu'il paie déjà au seigneur. Le sobriquet, que chacun portait sa vie durant, souvent fait placé au patronyme héréditaire.

 

Grange Seiche

 

En 1314 les religieux de l'abbaye de Reigny avaient affermé à Jehan des Grangettes moyennant 80 bichets de froment, 20 de seigle, 100 d'orge et 100 d'avoine « la grange et territoire de Grange Seiche», une métairie « assise et située en la paroisse de Soyères (Sougères) et lieux circonvoisins » sur laquelle ils s'étaient établis au  XIIe siècle. Elle s'étendait sur 350 arpents de terres à blé particulièrement fertiles, à l'emplacement de ce qui avait été autrefois une riche villa gallo-romaine.

 

En 1403, en pleine guerre de Cent ans, les villages de Puisaye sont en partie abandonnés. Jehan Souchon, de Thury, obtient un bail de six ans pour 40bichets de froment, 40 d'avoine et deux de pois, mais bien que ces conditions soient bien plus avantageuses que celles qui avaient été consenties à Jehan des Grangettes près d'un siècle plus tôt, le fermier ne renouvellera pas son bail. Sans doute a-t-il déserté la paroisse à son tour avec les derniers habitants avant qu'il soit expiré.

 

Les plaies de la guerre sont loin d'être refermées en 1481. Les nouveaux habitants, fraîchement arrivés de différentes provinces, sont très clairsemés ; leur nombre est sans rapport avec celui de leurs prédécesseurs, avant la grande peste de 1348. La difficulté reste grande de trouver un laboureur susceptible d'exploiter un domaine aussi important que celui de Grange Seiche. C'est pourquoi les clauses du « bail à plusieurs vies » que passent les religieux de Reigny avec Jehan Pijon, déjà fermier de la sergenterie et du péage de Thury sont si intéressantes pour le preneur : six livres de rente - soit quatre deniers par arpent - outre dix sols tournois au comte de Dam-martin, seigneur des pays de Puisaye, et, pour les religieux de Saint Père, le paiement de trois bichets de froment, trois de seigle et trois d'orge, rendus en leurs greniers d'Auxerre, symbolique survivance de la dîme que leur versaient jadis les religieux de Reigny. Quand le fermier meurt, en 1508, le bail est reconduit aux même conditions en faveur de sa veuve, de son fils et d'Estienne Breuler, demeurant  lui aussi à Thury, « moyennant que lesdits preneurs, femme et enfants, tenants et possédants, seraient tenus de construire et édifier une maison bonne et convenable audit lieu comme il sied à un bon laboureur, dedans cinq ans »

 

Cependant, au fur et à mesure que croît la population, les baux deviennent moins avantageux pour les nouveaux fermiers, mais les religieux ne pouvaient modifier les clauses de celui qu'ils avaient dû consentir lorsque Grange Seiche était encore en broussailles. Il leur fallut attendre l'an 1536 pour obtenir de François Ier' des lettres royales qui les autorisaient à dénoncer ce bail.

 

Grangette et Colangette

 

En 1982 l'apparition fortuite dans l'église de Moutiers de peintures murales des XIIe et XIVe siècles dissimulées sous un badigeon depuis deux siècles et demi, puis les travaux entrepris pour les dégager sous l'impulsion intelligente du maire, M. Solano, des « Amis de Moutiers » et de M. et Mme Pélissier qui, infatigablement inventorient le patrimoine de la Puisaye, ont replacé ce ravissant petit village au premier plan de l'actualité poyaudine

 

L'histoire de Grangette et de Colangette, deux hameaux de la paroisse de Thury, est étroitement liée à celle de Moutiers, ou, plus précisément à celle de son prieuré dont il ne subsiste aujourd'hui que quelques rares vestiges. Ce petit monastère, fondé vers l'an 700, devenu prieuré, fut rattaché au IXème siècle à l'abbaye de Saint Germain d'Auxerre.

 

En1335, Adeline, dite « la Basse demoiselle», et Guillaume Sceau, écuyer, fille et gendre de feu Philippe Le Bas, faisaient aveu à l'Abbé pour plusieurs héritages sis à Grangette et Colangette qu'ils tenaient de lui en fief. Ces deux hameaux avaient pour seigneur l'aumônier du prieuré de Notre-Dame de Moutiers, religieux de l'abbaye de Saint Germain

 

Au début du XVe siècle, l'abbé Jehan de Nanton commit au gouvernement du prieuré, moyennant deux cents livres de rente, le frère Jehan Boursier, mais son successeur, l'abbé Bérul, en 1427, alors que la Puisaye était désolée par la guerre, les disettes et les désertions, révoqua le malheureux religieux que, bien injustement, il tenait pour responsable de sa ruine.

 

« Par sa faute et coulpe... le lieu d'iceluy où il avait bonne et notable place, bien fortifiée et bien tenable... par défaut de bonne garde, est a été détruit, et aussi les autres édifices et héritages à iceluy appartenant comme les prés et terres en friche et en ruine, et les vignes en déserts, les moulins abîmés et détruits, les étangs rompus et en tel état que le lieu est demeuré inhabité et inhabitable. »

 

Le four banal

 

Le four banal de Grangette était situé entre le crot et le grand chemin commun. L'aumônier de Moutiers l'avait affermé à Georges Morin moyennant 75 sols par an en 1494. Les habitants étaient contraints d'y faire cuire leur pain en laissant au fermier en paiement un pain sur seize. En 1517 le frère Antoine de la Chapelle s'inquiétait du coût des charges que représentait son entretien « tant en maison, bois et autres choses » qui lui étaient nécessaires et craignait qu'avec le temps il pût « venir et demeurer en décadence, d'autant que les bois sont forts abîmés et défrichés autour d'iceluy », De plus, la servitude et charge du four dissuadaient les familles étrangères de venir s'installer dans le hameau et d'y édifier des maisons pour le plus grand profit de la seigneurie,

 

« Voulant gouverner selon les commandements de Dieu et considérant que les saintes écritures disent que quiconque délie ses sujets de la servitude obtient du souverain Juge relaxation de ses délits et péchés, considérant leur obédience en bonne intention, et aussi le profit de l'église et de la seigneurie», il affranchit, mainmise et délia perpétuellement pour eux, leurs hoirs, lignées, générations et postérités tous les habitants de Grangette Il leur donnait « permission et puissance de faire édifier un ou plusieurs fours en leurs maisons et d'y cuire leur pain dorénavant toutes et quantes fois il leur plairait » pourvu toutefois qu'ils s'engagent, eux, leurs hoirs, successeurs et ayants-cause, et tous ceux qui tiendraient feux et ménages, pain et sel, à Grangette, à payer chacun an au jour Saint André cinq sols tournois au seigneur et à ses successeurs. Ainsi, le bon frère, par cet affranchissement, s'assurait, outre la rémission de ses péchés, un revenu plus élevé que le prix du fermage sans assumer à l'avenir les charges du four

 

***

 

C'est seulement le 15 avril 1710 que Grangette et Colangette furent vendues, avec Banny, situé dans la paroisse de Saints-en-Puisaye, par l'abbaye de Saint Germain à Jean-Baptiste du Deffand et à Charlotte-Angélique Nicolas de Biseuil, son épouse, pour la somme de 4000 livres dont les acheteurs devraient payer les intérêts au denier vingt (5 %) en argent et non en billets, jusqu'au règlement du principal qui ne pourrait intervenir avant quarante années. Tous les hameaux qui formaient avec le bourg la paroisse de Thury étaient désormais placés sous l'autorité d'un seul seigneur.

 

*Source: livre de M Pierre Bourgoin "Thury Un village de Puisayeé"

 

Voie romaine Auxerre-Entrains

 

Elle est encore visible sur les territoires de Thury et de Sougères.

 

Il y a 6000 ans, les hommes cultivaient déjà le blé à Thury. Comment le sait-on ? A cause d’un outil de cette époque-là qui a été trouvé sur le territoire de la commune. Il servait à broyer les céréales. En 1669, Louis XIV confirme la décision de François 1er d’autoriser un marché le mardi de chaque semaine et trois foires par an à Thury.

 

Un document de 1790 indique que les marchés du district sont approvisionnées en blé par Thury et qu’il faut en conséquence réparer le chemin de la Malrue à Saint Sauveur, ce qui souligne immédiatement la différence entre Forterre et Puisaye.

 

Thury revendique son appartenance à la Forterre, bien qu’à une époque le village ait porté le nom de Thory-en-Puisaye.

 

Thury-en-Forterre n’en travaille pas moins en bonne intelligence avec ses voisins de Puisaye, et cela depuis longtemps.

 


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